La coralliculture: Notion de brassage génétique

La culture du corail ne fait que dupliquer une génétique prélevée en milieu naturel. En d’autres termes, les coraux que nous cultivons sont des clones de colonies naturelles. Ils seront capables de se reproduire et donc de brasser la génétique locale. Le brassage génétique permet l’apparition de nouveaux individus, l’évolution et donc l’adaptation. Il faut donc favoriser un maximum le recrutement naturel de larves de coraux sur les structures. Pour cela, il faut utiliser des « matériaux substrats» adaptés.

Notion de diversité

En milieu naturel, sur une surface d’un mètre carré de récif, il est parfois possible de recenser une vingtaine d’espèces de coraux. Cela est rendu possible grâce à la fixation de larves de coraux sur le fond et à la compétition pour l’espace. Une telle diversité n’est pas présente sur les nouvelles structures mises à l’eau, il faudra donner du temps, de la surface et des supports favorables pour permettre une augmentation de diversité et atteindre le fragile équilibre. Le milieu naturel évolue en permanence pour tendre vers un équilibre très fragile. Cet équilibre est possible quand les conditions du milieu restent favorables sur le long terme.

Différence entre un corail d’élevage et un corail sauvage

Un corail sauvage est un corail qui s’est développé naturellement sur un site, à partir d’une larve ou d’un fragment détaché de sa colonie mère puis refixé sur le fond. Un corail d’élevage (sans notion péjorative) est aussi un corail évoluant en milieu naturel, mais transplanté par l’homme sur des structures adaptées à sa croissance (lui donnant toutes ses chances de survie). Ces colonies sont en réalité des colonies aussi sauvages que des colonies sauvages. La seule distinction, de part leur appellation, est de pouvoir pratiquer le bouturage quand ces colonies auront grandies. Ces boutures de deuxième génération seront destinées à repeupler les récifs alentours sans avoir à prélever de façon constante des coraux d’origine sauvage.

Genre ou espèce cible

Les coraux sont des anthozoaires, la plus grande classe d’organismes appartenant au phylum des cnidaires qui comprend plus de 6 000 espèces dont les méduses, les gorgones et les anémones de mer. Les coraux durs sont des scléractiniaires. Ils sont les principaux constructeurs des structures récifales.
Les colonies de coraux constructeurs de récifs ont de nombreuses formes qui peuvent être regroupées en dix ensembles (Mc Manus & al. 1997). Les coraux branchus possèdent des branches qui peuvent aussi posséder des ramifications. Ils seront les principales espèces cibles du programme et majoritairement de la famille des Acroporidae.

Classification

Règne: Animalia
Embranchement: Cnidaria
Classe: Anthozoa
Sous-classe: Hexacorallia
Ordre: Scleractinia
Famille: Acroporidae

La taxonomie

La taxonomie (détermination des espèces) est une étape importante pour mieux comprendre le développement et l’amélioration du programme. Elle est effectuée par méthode visuelle in situ ainsi que par méthode photographique. Chaque corail à déterminer est photographié deux fois. Un plan large pour connaitre la macro architecture de son squelette et un plan macro pour connaître sa micro architectures. Les espèces recensées permettent de déterminer la diversité de la zone. L’étude d’impact permet de déterminer si les conditions environnementales sont propices à leur développement. Même avec ces informations, il reste parfois compliqué de déterminer avec exactitude l’espèce. La forme de chaque corail est très influencée par son environnement.

Espèces cultivées par Coral Guardian(52):

Genre Acropora
Acropora aculeus, Acropora azurea,  Acropora bushyensis, Acropora carduus, Acropora cerealis,  Acropora dendrum, Acropora divaricata, Acropora echinata, Acropora efforescens, Acropora florida, Acropora forskali,  Acropora gemmifera, Acropora grandis, Acropora humilis, Acropora hyacinthus, Acropora kimbeensis, Acropora latistella, Acropora loripes, Acropora microphthalma, Acropora millepora, Acropora nana, Acropora nasuta, Acropora nobilis, Acropora pulchra, Acropora robusta,  Acropora secale, Acropora subglabra, Acropora tenuis, Acropora tricolor, Acropora variabilis, Acropora vaughani, Acropora yongei

Genre Anacropora 
Anacropora forbesi

Genre Hydnophora
Hydnophora pilosa, Hydnophora rigida

Genre Millepora 
Millepora sp (n’est pas considéré comme un corail dur bien qu’aillant un squelette calcaire. N’existe qu’une seule espèce au sein de ce genre)

Genre Montipora 
Montipora capricornis, Montipora danae, Montipora digitata,  Montipora efflorescences, Montipora foliosa, Montipora spongodes, Montipora verrucosa

Genre Pocillopora
Pocillopora verrucosa

Genre Seriatopora
Seriatopora caliendrum, Seriatopora hystrix

Genre Stylophora
Stylophora pistillata

Acropora gemmifera 

Stylophora pistillata

Seriatopora caliendrum

Acropora millepora

Prélèvement des espèces de coraux à mettre en culture

Pour cultiver du corail, il faut avoir accès aux souches désirées, pour cela il faudra prélever en milieu naturel des colonies saines et de préférence génétiquement adapté aux fortes températures dans un soucis d’adaptation aux changements climatiques à venir dans les prochaines années, à proximité des zones de réhabilitation. Le prélèvement durable en milieu naturel est dans certain cas possible, par exemple, la récupération de colonies de coraux sur le fond, détachées de leurs colonies mères et gisant sur un substrat mouvant (gravas de coraux) les empêchant de se fixer et entraînant donc une mort certaine dans les semaines à venir. Cela se produit généralement sur des zones où le tourisme est présent. Les ancres des bateaux, les baigneurs, les plongeurs sont les raisons pour lesquelles ces coraux sont brisés. Certains coraux ont aussi la capacité de se briser naturellement, permettant une extension de la colonie grâce aux fragments cassés.

Un objectif doit être fixé avant de partir en collecte. L’équipe se met d’accord sur la quantité et les espèces à récolter en fonction de l’objectif de transplantation de la journée. L’équipe, munie de paniers flottants, évolue sans palme sur le platier corallien. Une très grande attention doit être portée à l’importance de ne pas marcher sur les coraux. La récolte se fait manuellement toujours avec une paire de gant. Les coraux récoltés sont méticuleusement choisis. Nous ne prélevons que des coraux isolés sur fond de gravats corallien ou de sable (deux substrats ou les chances de survie sont minces).

Une fois la quantité voulue atteinte, la collecte est amenée sur la zone de transplantation puis bouturée. Une grande diversité d’espèce peut-être récoltée sur le fond. Il s’agit majoritairement des coraux branchus du genre Acropora sp, Montipora sp, Seriatopora sp, Pocilopora sp, Stylophora sp et Hydnophora sp. Ces coraux majoritairement branchus sont les plus fragiles au contact physique, ils sont les premiers à se briser. Les site est très riches en espèces variées facilitent la mise en place et offre un stock de colonies mères de culture pour les années suivantes.

Info: Ne pas récolter les coraux brisés après une tempête sur des substrats fixes. Ce phénomène naturel permet à l’écosystème de se redévelopper grâce à la fragmentation et redynamiser la zone.

Bouturage, plantation et mise en place

La zone de transplantation du corail sur les structures est choisie en fonction de la marée. Sur des zones de sable ou le niveau de l’eau n’excède pas 80 cm. Cela offre une zone de travail confortable ou la plantation du corail est rapide. Pour éviter le stress des colonies coralliennes, le bouturage et la plantation doivent aller vite, ainsi la structure peu rejoindre sa zone de placement finale rapidement. Les structures sont déplacées par flottaison sur cubitanier quand les conditions le permettent. Les boutures ou fragments d’une colonie mère sont attachés au support métallique. La méthode majoritairement présente dans le monde pour fixer ces fragments de colonies corallienne à tout type de structure est l’utilisation de colliers zip en plastique. Depuis 2015, pour la première fois et de manière expérimentale, Coral Guardian innove et développe une nouvelle méthode. L’utilisation de lanière de cuir pourrait apporter des solutions. C’est une matière organique ayant une capacité élastique, facile à se procurer.

Une fois fixés au support par les lanières de cuir, les coraux ne doivent plus bouger. Cette immobilisation doit durer minimum un mois pour leur permettre de recouvrir le support métallique de leur squelette calcaire. Cette étape passée, la fixation est assurée par la colonie elle-même et n’a plus besoin d’attache exogène. Le cuir se dégradera dans le milieu avec le temps. Le cuir présente un seul inconvénient, pour attacher un fragment cela prend cinq fois plus de temps qu’avec les colliers plastiques. Mais la notion du temps se pose beaucoup moins pour ce type d’activité.

La structure métallique est un très bon support de fixation du corail, elle est recouverte par son manteau calcaire en moins d’un mois pour la majorité des espèces présentes. La méthode utilisant le cuir est en cours de validation scientifique et très prometteuse. Le taux de mortalité des fragments est faible, moins de 3% de moyenne sur la totalité des fragments plantés. Cela est signe d’une bonne maintenance et une rapidité d’exécution. Tous les coraux récoltés sont utilisés, aucun gaspillage n’est autorisé. Les fonds où le bouturage et la plantation ont lieu sont sablonneux et recouvert des débris de coraux, aucune dégradation des fonds n’est possible.

Choix des équipements, du matériel et des matériaux

Le travail dans l’eau peut parfois durer jusqu’à 6 heures, dans des eaux à 28°C de moyenne le froid est rapidement un problème. Des combinaisons de 3 mm d’épaisseur minimum sont indispensables à l’équipe. Tous les approvisionnements en matériaux se font de façon locale. La construction des structures est assurée par de la main d’œuvre du village. Ce sont des structures robustes, légères et faciles à fabriquer. Cela facilite la mise en place des opérations sur le terrain. L’équipe est capable d’assurer de façon autonome le programme. Le village bénéficie d’un savoir-faire et le met à profit directement.