Etude d’impact et de faisabilité

L’étude d’impact et de faisabilité permet d’évaluer l’état biologique d’une zone et de son écosystème et de déterminer le positionnement de la zone de réhabilitation en fonction de la courantologie et des paramètres physico-chimiques. Elle permet également d’évaluer, sur le long terme, la performance des différents indicateurs de suivi, concrètement vérifiables.

Bathymétrie et Courantologie

Une étude quotidienne des courants marins par observation aérienne et sous-marine, pendant une période minimum de quatre mois, permet de donner deux informations sur la zone d’action : une variable et une constante.

La force du courant, qui apparaît 3 heures avant la marée haute et disparaît 3 heures après, est particulièrement variable. Cette activité aléatoire est due au positionnement géographique de l’île, entre l’océan Pacifique et l’océan Indien. La force du courant, mesurée en mètre seconde, peut varier entre 0,5 m/s et 3 m/s.

La constante est le déplacement continu des masses d’eau du sud-ouest vers le nord-est. La bathymétrie permet d’expliquer les turbulences de surface lorsqu’une colonne d’eau en mouvement de 40 mètres touche le tombant. La zone d’action subit alors un courant latéral parallèle aux courbes de niveaux.

Faisabilité : les forts courants observés sur la zone impliquent une adaptation des structures immergées. Elles devront être de faible portance, proches du fond et parfaitement ancrées dans le substrat.

Difficultés rencontrées : lors des périodes de forts courants (1 m/s et plus), la zone est inaccessible.

Climatologie

Des données climatologiques simples sont récoltées auprès de plusieurs pêcheurs du village de Seraya besar, meilleurs témoins de l’évolution du climat local.

Les tempêtes sont saisonnières, entre le mois de janvier et le mois de mars. Le vent et la houle sont alors orientés vers le nord-ouest. Hors saison des tempêtes, il est possible d’observer de fortes houles orientées vers le nord-est. Dans les deux cas, la zone est abritée, protégée par le plateau de récif corallien de l’île ainsi que par l’île de Seraya besar.

Faisabilité : les facteurs climatologiques ne constituent pas d’obstacle au bon déroulement du programme car la zone est parfaitement abritée des houles tout au long de l’année.

Difficultés rencontrées : peu de données météorologiques et climatologiques sont disponibles sur la zone. Dans cette région, le climat change très rapidement (intensité et orientation des vents et des précipitations). Il peut fortement varier entre deux points séparés par seulement quelques kilomètres. Ainsi, le climat à Labuan Bajo, ville située à 10 kilomètres de Hatamin, est très différent de celui observé sur l’île.

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Etude d'impact et de faisabilité

Turbidité

La turbidité provient des diverses matières en suspension dans l’eau (phytoplancton, zooplancton, limon, matière organique et minérale en fines particules).

La turbidité sur zone est mesurée grâce à la méthode du disque de Secchi. C’est une méthode de mesure visuelle verticale, depuis la surface, qui permet d’évaluer la profondeur de pénétration de la lumière dans l’eau (transparence).

Le matériel utilisé est très basique. Il est constitué d’une ficelle graduée par un nœud tous les 20 cm et d’un disque de 30 cm de diamètre.
Le disque est attaché au bout de la ficelle puis immergé (le disque doit rester en position horizontale tout au long des mesures).
Les mesures sont effectuées pendant une semaine, 4 fois par jour, toutes les 3 heures (de façon à couvrir le cycle de marée de 12 heures). Les plongées régulières sur site nous permettent d’affiner la compréhension de la turbidité locale.

Les eaux turbides limitent la pénétration des rayons lumineux nécessaires à la photosynthèse. Les coraux, animaux symbiotiques, dépendent de cette photosynthèse. Quand la visibilité est inférieure à 5 mètres, cela ne signifie pourtant pas que la lumière est absente à cette profondeur.

Pendant les périodes de forts courants, il est difficile de mesurer la turbidité. En effet, la vitesse de dérive du disque est trop rapide. La mesure de profondeur se fait alors visuellement, en utilisant le fond comme référentiel. La turbidité sur le platier est parfois plus élevée que celle sur le tombant ; il est alors impossible de la mesurer avec le disque. Dans ce cas, la visibilité est estimée de manière visuelle horizontale.

Température

Un thermomètre est placé sur la zone d’étude. Comme pour la turbidité, les mesures sont effectuées pendant une semaine, 4 fois par jour et toutes les 3 heures.

La température minimum sur toute la colonne d’eau est mesurée. Les masses d’eaux profondes remontent en surface lors des périodes de fort courant offrant à tout le platier une diminution de la température de l’eau de surface. La température maximum est également relevée. A la marée descendante, les eaux de surface se réchauffent sur le platier et envahissent les tombants. Une thermocline, frontière horizontale où les eaux de différentes densités ne se mélangent pas en raison de leur écart de température, est souvent observée autour de 4-5 mètres. En dessous de celle-ci, la température peut baisser. Les variations de températures sont directement liées aux courants et donc aux marées.

Les mesures hebdomadaires ne sont pas suffisantes. Il faut attendre de récolter des données sur au moins une année pour pouvoir se prononcer.

Hobo Temperature data logger

Composition du fond

L’ensemble de la zone doit être sondée, grâce à une méthode de quadrillage, avec un marteau et fer à béton de 80 cm de long et de 10mm de diamètre, taillé en pointe. Le fer à béton est enfoncé jusqu’à toucher une surface ne permettant plus de pénétration. Il arrive de rencontrer d’importantes formations rocheuses qui peuvent bloquer la pénétration de la barre. En fonction de leur profondeur et de leur taille, il est possible de les éviter en se déplaçant de quelques centimètres.

Le substrat de la zone d’action est le plus souvent composé de gravats coralliens instables (squelettes calcaires). L’épaisseur de cette couche de gravats peut mesurer de 30 à 60 cm. La granulométrie des débris est également très variable ; elle peut aller du grain de sable au squelette branchu de 40 cm. La stabilisation de ce type fond est particulièrement délicate, notamment sur les zones en pente qui ont tendance à s’écrouler vers les zones plus profondes. La régénération naturelle y est rendue quasiment impossible.

L’enjeu est de pouvoir stabiliser ces zones à court, moyen et long terme.

Les structures, dont le rôle principal est le soutien du corail, doivent également être conçues de manière à ne pas se déplacer au cours du temps. L’étude pour l’adaptation de ces structures au milieu est essentielle. La forme même des structures de restauration de Coral Guardian, qui font office d’ancrage, a été spécifiquement étudiée pour stabiliser les zones. Le corail qui recouvre ces structures permet la construction d’un nouveau support stable sur le long terme.

Suivi biologique

Coral Guardian utilise la methode de « fish belt transect » (J. Hill and C. Wilkinson, 2004), une référence utilisée par l’AIMS Long-term Monitoring Program of the Great Barrier Reef ; Global Reef Monitoring Network. Les relevés sont annuels. Le premier relevé est à effectuer avant l’implantation des récifs artificiels afin de constituer un état des lieux dit « T-zéro »de la faune piscicole du site. Cette méthode est utilisée pour déterminer l’abondance et la diversité des poissons qui fréquentent nos zones d’étude. Elle consiste à installer des transects (ficelle ou corde tendue entre deux points fixes) d’une certaine longueur et en un lieu donné.

Le protocole est effectué à heure fixe. Des informations sur l’environnement telles que la couverture nuageuse, l’état de la mer, la force et direction du vent et la turbidité de l’eau sont relevées. Le transect préalablement marqué tous les mètres par des traces sur la corde ou des rubans est installé. L’agitation relative à l’installation peut modifier le comportement des poissons et doit être prise en considération.

Le nombre d’individus de chaque espèce de tous les poissons passant dans le transect est noté en veillant à ne pas compter plusieurs fois le même individu. Un second passage est effectué en observant et notant cette fois-ci les espèces plus benthiques et cryptiques.

La zone est souvent très pauvre en biodiversité en raison de son substrat. Le nombre d’espèces et la quantité d’individus est souvent très faibles. Le monitoring biologique permet de pouvoir mesurer le succès écologique du programme dans le temps et d’en connaître le vrai impact sur le milieu.