Restaurer les coraux avec des ressources limitées
La restauration corallienne est souvent associée à des équipements spécialisés, de grandes équipes scientifiques et des financements importants, d’autant que les récifs coralliens figurent parmi les écosystèmes les plus coûteux à restaurer (Bayraktarov, E. et al., 2016). Pourtant, de nombreux acteurs de la restauration à travers le monde travaillent dans des conditions très différentes, gérant souvent des projets de petite envergure spatiale – avec une taille médiane de seulement 100 m² – et manquant fréquemment de suivi à long terme (Boström-Einarsson, L. et al., 2020). Des budgets limités, une logistique complexe et un accès restreint aux matériaux sont des réalités auxquelles font face de nombreuses ONG, organisations locales et initiatives communautaires (Boström-Einarsson, L. et al., 2020 ; dela Cruz, D. W. et al., 2014).
Notre atelier Coral Connect a réuni des praticiens pour échanger sur la conduite de projets de restauration corallienne avec des ressources limitées. Les participants ont partagé leurs expériences concrètes ainsi que des approches à faible coût actuellement mises en œuvre dans différents contextes de restauration. Plutôt que de se concentrer sur des solutions hautement techniques, l’atelier a exploré comment les projets de restauration peuvent s’adapter aux contraintes locales et financières tout en maintenant des opérations de terrain efficaces.
Utiliser des matériaux disponibles localement
L’un des thèmes récurrents de l’atelier a été l’importance de réduire les coûts de construction et l’impact écologique en s’appuyant, dans la mesure du possible, sur des matériaux disponibles localement.
Les participants ont partagé des exemples issus de différents pays, notamment l’utilisation de barres d’acier de construction pour fabriquer des structures modulaires en forme d’« araignée » – une technique employée pour réhabiliter les récifs endommagés par la pêche à l’explosif (Boström-Einarsson et al., 2020). Un exemple bien connu est le Mars Assisted Reef Restoration System (MARRS), qui utilise des structures Reef Star en acier, fabriquées localement, pour stabiliser les débris coralliens et favoriser la reprise des coraux.

Figure 1: Figure 1 : Un plongeur installe une Reef Star, une structure hexagonale en acier utilisée dans le système de restauration corallienne MARRS pour favoriser la reprise du récif
© Building Coral / Mars Sustainable Solutions (MARRS)

Figure 2: Structures de restauration en calcaire « Ngurunga » utilisées par Oceans Alive Foundation au Kenya
© Oceans Alive
Les participants ont également souligné l’utilisation de structures en calcaire d’origine locale, notamment les structures « Ngurunga » utilisées par Oceans Alive Foundation au Kenya. D’autres méthodes simples incluent l’usage de piquets en bambou pour fixer temporairement les transplants, ou de fil gainé pour éviter leur déplacement lors de conditions météorologiques difficiles (dela Cruz et al., 2014). Ces exemples montrent comment les praticiens de la restauration adaptent souvent leurs techniques aux ressources disponibles plutôt que de recourir à des infrastructures spécialisées importées et coûteuses.
Au-delà de l’approvisionnement en matériaux, les participants ont également évoqué l’importance de travailler avec des entreprises et prestataires locaux afin de réduire les coûts opérationnels. Les partenariats locaux peuvent rendre les projets de restauration plus pratiques et plus abordables, en facilitant l’accès aux matériaux, aux équipements et au soutien logistique. Lors de l’atelier, Reef Check Brunei a partagé comment sa collaboration avec des entreprises de construction locales avait permis de soutenir les activités de restauration et de surmonter certains défis liés au travail de terrain.
Réduire les coûts opérationnels sur le terrain
L’atelier a également souligné que les coûts de restauration ne se limitent pas aux seuls matériaux. Le choix du site lui-même peut fortement influencer la viabilité financière à long terme d’un projet, le succès de la restauration dépendant avant tout de l’écosystème et du site choisi, plutôt que du montant investi (Bayraktarov, E. et al., 2016).

Figure 3: Des membres de la communauté préparent et transportent des structures de restauration dans le cadre d’activités de restauration corallienne au Kenya
©Oceans Alive / Coral Guardian
Des sites de restauration peu profonds et facilement accessibles, situés près de routes ou de zones d’accostage, permettent de réduire significativement la consommation de carburant, le temps de transport et la complexité logistique (Bayraktarov, E. et al., 2016). Les participants ont également évoqué l’intérêt de privilégier des méthodes de restauration simples et évolutives, restant accessibles aux organisations disposant de financements ou d’équipements limités.
Un autre point abordé lors des discussions concernait la participation des bénévoles. Dans certains projets à budget restreint, le travail communautaire ou bénévole peut réduire les coûts de restauration jusqu’à 60 % par rapport au recours à des plongeurs professionnels et à de la main-d’œuvre rémunérée (dela Cruz, D. W. et al., 2014). Si cette approche peut contribuer à maintenir les opérations de terrain, les participants ont également souligné que les coûts de participation doivent rester abordables afin d’encourager l’engagement bénévole (Bayraktarov, E. et al., 2016).
Construire la restauration par la collaboration
Au-delà des considérations financières, l’atelier a confirmé l’importance de la collaboration et du partage de connaissances dans la restauration corallienne.
Les participants ont évoqué comment les programmes de stages, les initiatives de partage de compétences et les partenariats avec des organisations externes peuvent aider les ONG à accéder à un soutien spécialisé et à des ressources humaines supplémentaires, à moindre coût (Bayraktarov, E. et al., 2016). Ces approches améliorent non seulement la capacité de restauration, mais créent également des opportunités pour les étudiants, chercheurs, professionnels et communautés de contribuer aux efforts de conservation marine.
L’implication des communautés, en particulier, procure un sentiment crucial d’appropriation et de responsabilité, essentiel à la réussite d’une intervention sur le long terme (dela Cruz, D. W. et al., 2014). Impliquer les parties prenantes locales dans les activités de restauration permet de sensibiliser, d’encourager une responsabilité partagée pour la conservation des récifs, et de renforcer l’engagement communautaire (Kittinger et al., 2016). En développant l’expertise locale et en favorisant le partage de connaissances, les approches communautaires peuvent contribuer à une diffusion plus large des pratiques de restauration et soutenir l’essor d’initiatives de restauration rentables (Westoby et al., 2020).
Plus largement, l’atelier a démontré que la restauration corallienne ne nécessite pas toujours d’infrastructures à grande échelle ou de technologies avancées pour commencer à produire un impact. Dans de nombreux cas, l’adaptation pratique, les partenariats locaux et l’ingéniosité peuvent jouer un rôle tout aussi important dans le soutien des efforts de restauration. Cependant, pour véritablement évaluer le succès d’un projet, le suivi doit aller au-delà de la simple survie à court terme et s’étendre sur 15 à 20 ans afin d’évaluer la récupération des fonctions écosystémiques (Bayraktarov, E. et al., 2016).
Envie d’en savoir plus sur des approches pratiques et accessibles de la restauration corallienne ? Nos ateliers Coral Connect réunissent des praticiens de la restauration corallienne du monde entier pour échanger expériences, solutions et idées collaboratives. Envie d’en savoir plus sur notre communauté numérique gratuite de partage de connaissances ? Rejoignez-nous ici.
Références :
Bayraktarov, E., Saunders, M. I., Abdullah, S., Mills, M., Beher, J., Possingham, H. P., Mumby, P. J., & Lovelock, C. E. (2016). The cost and feasibility of marine coastal restoration. Ecological Applications, 26(4), 1055–1074. https://doi.org/10.1890/15-1077
Boström-Einarsson, L., Babcock, R. C., Bayraktarov, E., Ceccarelli, D., Cook, N., Ferse, S. C. A., Hancock, B., Harrison, P., Hein, M., Shaver, E., Smith, A., Suggett, D., Stewart-Sinclair, P. J., Vardi, T., & McLeod, I. M. (2020). Coral restoration – A systematic review of current methods, successes, failures and future directions. PLOS ONE, 15(1), e0226631. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0226631
Dela Cruz, D. W., Villanueva, R. D., & Baria, M. V. B. (2014). Community-based, low-tech method of restoring a lost thicket of Acropora corals. ICES Journal of Marine Science, 71(7), 1866–1875. https://doi.org/10.1093/icesjms/fst228
Kittinger, J. N., Teh, L. C. L., Allison, E. H., Bennett, N. J., Crowder, L. B., Finkbeiner, E. M., Hicks, C., Scarton, C. G., Nakamura, K., Ota, Y., Young, J., Alifano, A., Apel, A., Arbib, A., Bishop, L., Boyle, M., Cisneros-Montemayor, A. M., Hunter, P., Le Cornu, E., . . . Wilhelm, T. A. (2017). Committing to socially responsible seafood. Science, 356(6341), 912–913. https://doi.org/10.1126/science.aam9969
Westoby, R., Becken, S., & Laria, A. P. (2020). Perspectives on the human dimensions of coral restoration. Regional Environmental Change, 20(109). https://doi.org/10.1007/s10113-020-01694-7