Les modes d’alimentation du corail bâtisseur de récifs Mussismilia hispida

 In Biodiversité, Biologie Marine, Conservation

 

Autotrophie VS Hétérotrophie

Un organisme autotrophe est capable de synthétiser sa propre matière organique à partir d’éléments minéraux inorganiques. S’il utilise l’énergie lumineuse de la photosynthèse, il est appelée photoautotrophe.

L’hétérotrophe lui, synthétise sa propre matière organique à partir de matière organique exogène.

La mixotrophie est le mode trophique des organismes capables de se nourrir par autotrophie aussi bien que par hétérotrophie.

 

Les coraux bâtisseurs de récifs

Les coraux bâtisseurs de récifs produisent des structures avec du carbonate de calcium (Vytopil & Willis 2001) qui fournissent un abri, des sources de nourriture et des sites de reproduction à d’autres espèces (Hixon & Menge 1991).

La plupart des espèces de coraux bâtisseurs de récifs vivent en symbiose avec des microalgues photosynthétiques (Stat et al. 2006; Venn et al. 2008). En plus de fournir la majorité de son carbone fixé par photosynthèse à l’hôte (Muscatine et al.1981; Muscatine 1990), ces microalgues facilitent également le dépôt du carbonate de calcium (Muscatine 1990; Furla et al. 2000; Colombo-Pallotta et al. 2010).

Pendant de nombreuses années, les coraux bâtisseurs de récifs étaient considérés comme dépendants de la photoautotrophie réalisée par leurs microalgues (Muscatine & Porter 1977). Cependant, les produits photoautotrophes présentent des déficiences en azote, phosphore et autres éléments essentiels à la croissance et à la reproduction du corail (Mies et al. 2018) qui doivent alors être acquis par un mécanisme d’alimentation différent (Battey & Patton 1986; Ferrier-Pagès et al. 2003). Plusieurs études ont confirmé que la plupart des espèces de coraux peuvent également être hétérotrophes en utilisant le zooplancton comme source de nourriture (Porter 1976; Sebens et al. 1996; Palardy et al. 2006; Houlbrèque & Ferrier-Pagès 2009) et que cet apport est nécessaire à une croissance optimale du corail (Grottoli & Wellington 1999; Houlbrèque et al. 2003).

 

Étude de la prédominance des différents types d’alimentation chez le corail

De nombreuses espèces de coraux bâtisseurs de récifs sont donc mixotrophes, s’appuyant à la fois sur la photoautotrophie réalisée par leur symbiose avec les microalgues et l’hétérotrophie de la consommation de zooplancton (Mies et al. 2018). Ces deux habitudes alimentaires fournissent aux coraux des lipides essentiels (Crossland et al. 1980; Grottoli et al. 2006).

Parmi ces derniers, les acides gras sont particulièrement utiles pour identifier les sources de nourriture chez les coraux bâtisseurs de récifs (Treignier et al. 2008; Dodds et al. 2009).

En effet, la présence d’acide gras spécifique dans les tissus coralliens peut être attribuée à la contribution photosynthétique des microalgues, tandis que d’autres acides gras peuvent être spécifiques à l’hétérotrophie, tels que ceux produits par le zooplanctons crustacés (Dalsgaard et al. 2003; Dodds et al. 2009), proie des coraux constructeurs de récifs (Sebens et al. 1996).

Certains facteurs tels que l’intensité lumineuse, la température et la disponibilité de la nourriture peuvent réguler l’intensité du comportement autotrophique et hétérotrophique chez les coraux constructeurs de récifs (Clark & Jensen 1982; Palardy et al. 2005, 2006; Ezzat et al. 2016).

Récemment, une étude a cherché à savoir si le corail de bâtisseur de récifs Mussismilia hispida, endémique du Brésil, était capable de basculer entre autotrophie et hétérotrophie (Mies et al. 2018). Pour cela, ils ont surveillé la concentration de différents acides gras, ainsi que la concentration de microalgues dans le tissu corallien chaque mois pendant une année (Mies et al. 2018). Ils ont également déterminé si les changements trophiques étaient liés à des changements de température et de stress éolien (Mies et al. 2018).

La principale conclusion de cette étude est le fait que des changements de prédominance se sont produits plusieurs fois au cours de l’année et ont été associés à des températures et à un stress éolien minimaux (Mies et al. 2018). En effet, pendant l’été, les colonies ont subi une diminution de la concentration de microalgues liée au blanchissement des coraux qu’elles semblaient compenser par une alimentation hétérotrophe. Dans les mois les plus froids, la tendance inverse a été observée (Mies et al. 2018).

Les éléments extérieurs, qu’ils soient biologiques ou climatiques ont donc une influence sur le mode d’alimentation des coraux. Les résultats de cette étude démontrent donc une flexibilité au niveau des méthodes d’alimentation du corail M.hispida, expliquant ainsi sa large distribution latitudinale. Cette propriété serait une piste intéressante à explorer pour mieux comprendre l’adaptation des coraux aux changements climatiques.

 

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