La mémoire écologique des coraux : une adaptation au réchauffement climatique

 In Biodiversité, Biologie Marine, Conservation

Les vagues de chaleurs océaniques sont de plus en plus rapprochées. Sur les deux dernières décennies, nous en comptons 4 ! Malheureusement, les années 2016 et 2017 ont été brutales pour les récifs coralliens. Ces épisodes de blanchissement successifs ont gravement affecté la Grande barrière de corail, qui s’étend sur 2300 km impactant plus de 61% des récifs coralliens.

Figure 1 : Vue aérienne de la Grande barrière de corail en Australie.

Une étude récente, publiée en décembre 2018 dans le journal Nature par l’équipe du Professeur Terry Hugues, a quand même réussi à surprendre le monde scientifique. En effet, en 2017, il a été observé 20% de blanchissement en moins que prévu. Ces organismes complexes ont mieux résisté à cette nouvelle vague de chaleur. Les différentes théories écologiques prédisaient la possible adaptation des différents organismes au réchauffement climatique, mais c’est la première fois que ce phénomène est observé directement dans les océans.

Pour cette étude, l’équipe du Professeur Hugues a échantillonné 606 récifs sur les deux épisodes de blanchissement. 22,3% des récifs ont subi un blanchissement durant les deux épisodes, 21,8% ont été gravement touché lors de la vague de 2016 mais pas celle de 2017 et 9,2% ont sévèrement blanchi seulement en 2017.

 

Figure 2 : Courbes de blanchissement des années 2016 et 2017, avec en abscisse les anomalies de chaleur en ‘degree heating weeks’ (DHW ), et en ordonnée la probabilité d’un blanchissement sévère.

Source : Hughes, T. P., Kerry, J. T., Connolly, S. R., Baird, A. H., Eakin, C. M., Heron, S. F., … Torda, G. (2019). Ecological memory modifies the cumulative impact of recurrent climate extremes. Nature Climate Change, 9(1), 40–43. https://doi.org/10.1038/s41558-018-0351-2

 

En règle générale, l’épisode de blanchissement de 2017 a été malgré tout dévastateur, étant donné qu’il a principalement touché la partie centrale de la Grande barrière de corail, alors que celui de 2016 avait touché en grande majorité la partie nord.

Ces observations poussent les chercheurs à croire que les coraux ont développé une mémoire écologique, leur permettant d’être plus résistants. Les différentes vagues de blanchissement, élimineraient les coraux trop sensibles aux variations de températures, et rendraient ceux moins vulnérables plus résistants. Les récifs coralliens touchés de façon moins extrême récupéreraient leur couleur à la suite de cet épisode de blanchissement, et développeraient une adaptation pour le suivant.

Dans les années à venir, l’étude de la résilience écologique des récifs coralliens devra prendre en compte leurs historiques ainsi que l’émergence de perturbations climatiques. Le professeur Hugues et son équipe ont fini l’étude en concluant qu’au vu de la situation climatique actuelle, et pour que l’étude des conséquences d’un événement climatique précis soit pertinente, nous devrons tenir compte des perturbations précédentes et à venir. Selon eux, l’examen des différents évènements climatiques pourra nous aiguiller sur l’étendue des évènements à venir.

Figure 3 : Un récif corallien prospère

 

Pour de plus ample information sur la mémoire écologique des coraux :
https://www.nature.com/articles/s41558-018-0351-2

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