La reproduction des coraux affectée par le changement climatique

 In Biodiversité, Biologie Marine, Conservation

Durant le dernier épisode global de blanchissement (2014-2017), présenté comment étant le plus spectaculaire en termes d’intensité, de durée et d’extension, la Grande Barrière de corail a perdu plus de 50% de ses récifs. Des chercheurs Australiens ont étudié le potentiel de reproduction des coraux sur la Grande Barrière suivant les évènements de mortalités massives, et souligné une diminution de 89% de la production de nouvelles larves coralliennes à l’issu de l’année 2018.

 

Comment se reproduisent les coraux ?

 

Le phénomène complexe de reproduction des coraux peut prendre différentes formes. Le mode de reproduction asexué s’apparente à la production d’un ou plusieurs individu(s), (génétiquement identiques) à partir d’un individu parent. Cependant, le mode de reproduction le plus répandu, dit « sexué » fait intervenir des cellules reproductrices mâles (gamètes) et femelles (ovocytes), qui se réunissent soit dans le polype corallien (fécondation interne), soit dans le milieu récifal (fécondation externe). La plupart des espèces coralliennes diffusent dans la colonne d’eau des œufs et gamètes et sont nommées espèces diffuseuses, en comparaison aux espèces couveuses qui produisent directement des « planulas » dans le cas d’une fécondation interne (moins répandue).

 

La résilience des récifs affectée par le réchauffement global

 

Sur la Grande Barrière de corail, le phénomène spectaculaire de ponte en masse (fécondation externe) est observé chaque année à la fin du printemps austral. Des millions d’œufs et spermatozoïdes formant des larves sont diffusées de manière synchrone dans la colonne d’eau où elles vont être transportées sur des milliers de kilomètres aux grés des courants océaniques, avant de s’attacher au substrat, formant ainsi une nouvelle colonie corallienne. A l’issu du dernier épisode de blanchissement (2014-2017), des mortalités massives de coraux ont été reportées sur la Grande Barrière, dont plus de 75% d’espèces tabulaires et branchues du genre Acropora, ou espèces Seriatopora hystrix et Stylophora pistillata. Ces espèces à croissance rapide dominent la plupart des récifs tropicaux dans les régions Indo-Pacifique et jouent un rôle clé dans la structuration des écosystèmes récifaux. Elles représentent également la plupart des espèces dites «diffuseuses» (broadcaster), participant à la fécondation externe des récifs, ainsi qu’à une plus forte diversité « génétique » de ces derniers. La transformation drastique des assemblages de coraux sur la Grande Barrière va donc grandement influencer la résilience et le devenir des récifs coralliens en Australie.

 

Une équipe de biologistes australiens a d’ailleurs examiné la relation entre les stocks de coraux adultes dans différents sites le long de la GBR et les taux de recrutement des larves à la suite du dernier épisode de blanchissement. Peu avant le début de la ponte, les chercheurs ont disposé des tuiles en terre cuite au sein des récifs – un substrat dit classique facilitant l’adhésion et la colonisation des nouvelles recrues. Un total de 1000 tuiles ont été implémentées au sein de 17 récifs en 2016 et 2017. Huit semaines suivant l’introduction des tuiles, le nombre de nouvelles recrues coralliennes a été quantifié au microscope et comparé aux données des décennies précédentes. Les taux de recrutement atteignaient en moyenne 11%, soit une perte de 89% de nouvelles recrues par rapport aux années précédant les épisodes de blanchissement 2016-2017. Pour une moyenne de 40 larves présentes par tuile avant 2016/2017, seules 5 en moyenne colonisaient le substrat en 2018. Le taux de recrutement des nouvelles recrues se voyait corrélé avec l’abondance des individus adultes, particulièrement faible dans la région nord de la Grande Barrière – la zone la plus impactée par les épisodes de blanchissement. La zone sud de la Grande Barrière, épargnée par les vagues de chaleurs fut moins affectée.

 

La Grande Barrière de corail constitue à elle seule le plus grand écosystème récifal au monde (2300 km), abritant une biodiversité sans précédent favorisant la résilience de ses biotopes. Cependant, ces travaux démontrent que les épisodes répétés de blanchissement affaiblissent non seulement les stocks d’individus adultes mais menacent également le taux de recrues, diminuant la résilience des différentes espèces coralliennes – déjà menacées par des facteurs de stress locaux (e.g. pollutions marines, surpêche, urbanisation, sédimentation et la prédation par les organismes corallivores).

 

En Australie, alors que le gouvernement et l’état du Queensland injectent plus de $200 millions de dollars à la protection des récifs coralliens chaque année, les énergies fossiles comptaient pour plus « de 93% de la consommation d’énergie primaires du pays en 2016 » selon l’Agence Internationale sur l’Energie (International Energy Agency). Une seule et unique solution s’impose afin de lutter contre le réchauffement climatique et de réduire l’empreinte de l’homme sur les écosystèmes de notre planète – réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre à zéro, aussi rapidement que possible.

 

Illustration sur la reproduction des coraux (source : coraux.univ-reunion.fr/)

 

Blanchissement corallien sur le récif frangeant de Moorea, Polynésie Française – Avril 2019

(crédits photo : Kelly Speare)

 

Vidéo de ponte de coraux en masse : https://www.youtube.com/watch?v=4ZI_dGa6C9g

 

 

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