Le blanchissement des coraux : une condamnation à mort ou une chance de s’adapter ?

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Description de la symbiose et du blanchissement des coraux

Une symbiose (une association bénéfique entre deux organismes) existe souvent entre les coraux et des microalgues dinoflagellées (symbiotes). Cette symbiose se révèle très importante pour les coraux. Par exemple, elle a un rôle d’alimentation ou bien un rôle dans leur protection.

Les coraux peuvent parfois subir un phénomène bien connu appelé «blanchissement des récifs coralliens» suite à une température élevée, à un fort rayonnement solaire et parfois à des maladies (Glynn, 1993). Plus précisément, les coraux sont capables d’induire l’expulsion des microalgues ce qui conduit à leur blanchissement.

 

Deux façons d’envisager le phénomène de blanchissement des coraux

La perte de microalgues symbiotiques peut entraîner la mort des coraux en raison des nombreux avantages perdus (Eakin et al., 2010; Hughes et al., 2018) et ainsi parfois même entraîner la dégradation des écosystèmes récifaux (Glynn & Colgan, 1992). Par conséquent, le blanchissement des coraux est souvent considéré comme une réponse nocive et drastique à des conditions environnementales défavorables (Brown, 1997; Glynn, 1993).

Cependant, il existe une autre manière de voir ce phénomène de blanchissement: «l’hypothèse du blanchissement adaptatif»  (Kinzie et al., 2001). Dans certaines études, cet évènement est plutôt décrit comme une opportunité pour les coraux de se débarrasser de leurs partenaires actuels et d’acquérir de nouvelles microalgues mieux adaptées aux nouvelles conditions environnementales (Baker, 2001; Buddemeieran & Fautin, 1993; Rowan, 2001; Wareet et al., 1996). Cela pourrait être une stratégie, qui pourrait conférer aux coraux un avantage pour faire face au changement climatique (Baker, 2001) en hébergeant des microalgues génétiquement mieux adaptées. Ce phénomène est appelé adaptation (lorsqu’un changement génétique favorable est conservé car il confère un avantage pour survivre).

 

Quelques études liées à l’hypothèse du blanchissement adaptatif

Les fondements de cette hypothèse ont été testés dans une étude (Kinzie et al., 2001). Ils ont découvert que des microalgues génétiquement différentes présentaient une réponse différente à l’augmentation de la température et que les coraux adultes blanchis étaient effectivement capables d’acquérir des microalgues de l’environnement (Kinzie et al., 2001). Ces résultats montrent que cette hypothèse pourrait bien s’avérer fondée.

Une autre étude a révélé que de nouvelles microalgues peuvent également être acquises par les coraux lors d’une infection. Cela fournissant alors aux coraux de nouvelles capacités physiologiques et ainsi de meilleures chances de lutter contre l’infection (Jokiel & York, 1982).

De plus, Baker (2001) a comparé l’adaptation des coraux profonds et peu profonds à un nouvel environnement. Il a transplanté des coraux trouvés en profondeur, à la surface (« eau profonde-surface »), et des coraux de surface à une grande profondeur (« surface- eau profonde ») (Baker, 2001). Baker  a ainsi observé un changement des populations algales présentes dans les coraux dû aux modifications environnementales subies.

Il s’avère que les coraux « eau profonde-surface » ont subi un blanchissement plus important mais un taux de mortalité plus faible après 12 mois (Baker, 2001). Il a découvert qu’ils présentaient une plus grande diversité de microalgues, ce qui aurait pu les aider à mieux s’adapter (Baker, 2001). Tandis que les coraux « surface-eau profonde », ont connu peu de blanchissement mais une mortalité plus importante à la fin (Baker, 2001). Ils possédaient une diversité moindre en microalgues et auraient donc été moins à même de faire face aux nouvelles conditions environnementales (Baker, 2001).

Finalement, les coraux d’eau profonde auront tendance à blanchir immédiatement, mais finiront par s’adapter grâce à leur riche diversité en microalgues (Baker, 2001). Tandis que les coraux de surface feront face à un effet moins immédiat, mais auront du mal à s’adapter à long terme (Baker, 2001).

Les résultats de Baker (2001) confirment que le blanchissement est une réponse adaptative rapide qui pourrait faciliter le recrutement de nouvelles microalgues. En effet, le processus de changement des communautés de microalgues est assez lent, à moins que celles qui existent ne soient d’abord éliminées, ce qui a lieu rapidement lors du blanchissement des coraux (Baker, 2001). En effet, sans blanchissement, Baker (2001) a découvert que les microalgues moins optimales persistaient, entraînant finalement une mortalité plus importante de l’hôte.

 

Pour résumer

En somme, le blanchissement peut être considéré comme un pari écologique qui sacrifie les avantages à court terme (alimentation, protection) pour un avantage à long terme (survie) (Baker, 2001).

Cela défie le consensus habituel selon lequel le blanchissement est à chaque fois préjudiciable et soutient le rôle des symbiotes en tant qu’agents adaptatifs (Rowan, 1998). L’adaptation symbiotique pourrait nous aider à comprendre un paradoxe: comment les récifs coralliens peuvent être si fragiles sur un plan environnemental, mais réussissent à former des associations géologiquement durables si anciennes (Baker, 2001).

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