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L'impact du changement climatique

Le blanchissement des coraux : une condamnation à mort ou une chance de s’adapter ?

Le blanchissement des coraux : une condamnation à mort ou une chance de s’adapter ?
Publié par Elise Viau | Publié le 30 April 2020

Description de la symbiose et du blanchissement des coraux

Une symbiose (une association bĂ©nĂ©fique entre deux organismes) existe souvent entre les coraux et des microalgues dinoflagellĂ©es (symbiotes). Cette symbiose se rĂ©vèle très importante pour les coraux. Par exemple, elle a un rĂ´le d’alimentation ou bien un rĂ´le dans leur protection.

Les coraux peuvent parfois subir un phĂ©nomène bien connu appelĂ© «blanchissement des rĂ©cifs coralliens» suite Ă  une tempĂ©rature Ă©levĂ©e, Ă  un fort rayonnement solaire et parfois Ă  des maladies (Glynn, 1993). Plus prĂ©cisĂ©ment, les coraux sont capables d’induire l’expulsion des microalgues ce qui conduit Ă  leur blanchissement.

 

Deux façons d’envisager le phĂ©nomène de blanchissement des coraux

La perte de microalgues symbiotiques peut entraîner la mort des coraux en raison des nombreux avantages perdus (Eakin et al., 2010; Hughes et al., 2018) et ainsi parfois même entraîner la dégradation des écosystèmes récifaux (Glynn & Colgan, 1992). Par conséquent, le blanchissement des coraux est souvent considéré comme une réponse nocive et drastique à des conditions environnementales défavorables (Brown, 1997; Glynn, 1993).

Cependant, il existe une autre manière de voir ce phĂ©nomène de blanchissement: «l’hypothèse du blanchissement adaptatif»  (Kinzie et al., 2001). Dans certaines Ă©tudes, cet Ă©vènement est plutĂ´t dĂ©crit comme une opportunitĂ© pour les coraux de se dĂ©barrasser de leurs partenaires actuels et d’acquĂ©rir de nouvelles microalgues mieux adaptĂ©es aux nouvelles conditions environnementales (Baker, 2001; Buddemeieran & Fautin, 1993; Rowan, 2001; Wareet et al., 1996). Cela pourrait ĂŞtre une stratĂ©gie, qui pourrait confĂ©rer aux coraux un avantage pour faire face au changement climatique (Baker, 2001) en hĂ©bergeant des microalgues gĂ©nĂ©tiquement mieux adaptĂ©es. Ce phĂ©nomène est appelĂ© adaptation (lorsqu’un changement gĂ©nĂ©tique favorable est conservĂ© car il confère un avantage pour survivre).

 

Quelques Ă©tudes liĂ©es Ă  l’hypothèse du blanchissement adaptatif

Les fondements de cette hypothèse ont Ă©tĂ© testĂ©s dans une Ă©tude (Kinzie et al., 2001). Ils ont dĂ©couvert que des microalgues gĂ©nĂ©tiquement diffĂ©rentes prĂ©sentaient une rĂ©ponse diffĂ©rente Ă  l’augmentation de la tempĂ©rature et que les coraux adultes blanchis Ă©taient effectivement capables d’acquĂ©rir des microalgues de l’environnement (Kinzie et al., 2001). Ces rĂ©sultats montrent que cette hypothèse pourrait bien s’avĂ©rer fondĂ©e.

Une autre étude a révélé que de nouvelles microalgues peuvent également être acquises par les coraux lors d’une infection. Cela fournissant alors aux coraux de nouvelles capacités physiologiques et ainsi de meilleures chances de lutter contre l’infection (Jokiel & York, 1982).

De plus, Baker (2001) a comparĂ© l’adaptation des coraux profonds et peu profonds Ă  un nouvel environnement. Il a transplantĂ© des coraux trouvĂ©s en profondeur, Ă  la surface (« eau profonde-surface »), et des coraux de surface Ă  une grande profondeur (« surface- eau profonde ») (Baker, 2001). Baker  a ainsi observĂ© un changement des populations algales prĂ©sentes dans les coraux dĂ» aux modifications environnementales subies.

Il s’avère que les coraux « eau profonde-surface » ont subi un blanchissement plus important mais un taux de mortalitĂ© plus faible après 12 mois (Baker, 2001). Il a dĂ©couvert qu’ils prĂ©sentaient une plus grande diversitĂ© de microalgues, ce qui aurait pu les aider Ă  mieux s’adapter (Baker, 2001). Tandis que les coraux « surface-eau profonde », ont connu peu de blanchissement mais une mortalitĂ© plus importante Ă  la fin (Baker, 2001). Ils possĂ©daient une diversitĂ© moindre en microalgues et auraient donc Ă©tĂ© moins Ă  mĂŞme de faire face aux nouvelles conditions environnementales (Baker, 2001).

Finalement, les coraux d’eau profonde auront tendance Ă  blanchir immĂ©diatement, mais finiront par s’adapter grâce Ă  leur riche diversitĂ© en microalgues (Baker, 2001). Tandis que les coraux de surface feront face Ă  un effet moins immĂ©diat, mais auront du mal Ă  s’adapter Ă  long terme (Baker, 2001).

Les rĂ©sultats de Baker (2001) confirment que le blanchissement est une rĂ©ponse adaptative rapide qui pourrait faciliter le recrutement de nouvelles microalgues. En effet, le processus de changement des communautĂ©s de microalgues est assez lent, Ă  moins que celles qui existent ne soient d’abord Ă©liminĂ©es, ce qui a lieu rapidement lors du blanchissement des coraux (Baker, 2001). En effet, sans blanchissement, Baker (2001) a dĂ©couvert que les microalgues moins optimales persistaient, entraĂ®nant finalement une mortalitĂ© plus importante de l’hĂ´te.

 

Pour résumer

En somme, le blanchissement peut être considéré comme un pari écologique qui sacrifie les avantages à court terme (alimentation, protection) pour un avantage à long terme (survie) (Baker, 2001).

Cela dĂ©fie le consensus habituel selon lequel le blanchissement est Ă  chaque fois prĂ©judiciable et soutient le rĂ´le des symbiotes en tant qu’agents adaptatifs (Rowan, 1998). L’adaptation symbiotique pourrait nous aider Ă  comprendre un paradoxe: comment les rĂ©cifs coralliens peuvent ĂŞtre si fragiles sur un plan environnemental, mais rĂ©ussissent Ă  former des associations gĂ©ologiquement durables si anciennes (Baker, 2001).

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