Perceptions de la restauration corallienne à travers différents contextes et points de vue

 In Biodiversité, Biologie Marine, Conservation, Coral reefs

 A quoi fait référence la résilience des récifs ? 

 

L’un des principaux objectifs de la restauration corallienne est d’aider à la récupération de la couverture et de la santé des écosystèmes récifaux, résultant des perturbations locales, régionales ou mondiales. En plus de l’étude technique de la restauration, comme la survie et la croissance des coraux dans les «nurseries» et les transplants, les efforts de restauration sont également une excellente opportunité de renforcer la résilience des récifs (Lake, 2015). Qu’est-ce que cela signifie ? La résilience d’un écosystème est la capacité qu’il a d’absorber des perturbations persistantes tout en maintenant certains composants ou processus clés (Holling, 1973; Hughes, 2010; Hein, 2019). Les interventions de restauration visent à renforcer cette capacité afin que le système puisse faire face aux pressions actuelles et futures et donc, persister dans le temps (Lake, 2015). 

En considérant les récifs coralliens comme des systèmes socio-écologiques, l’analyse de leur résilience inclut la dimension humaine avec la même importance que la dimension biologique. Par conséquent, les impacts positifs ou négatifs que les sociétés peuvent avoir sur les écosystèmes sont inclus, ainsi que l’effet que l’état de l’écosystème a sur les systèmes sociaux (Hein et al, 2019; Glaser, 2006). Cependant, la mesure réelle de ces aspects dans la littérature scientifique sur la restauration des coraux n’en est qu’à ses débuts. 

 

Que sont les services écosystémiques ? Comment peut-on mesurer les avantages et les limites de la restauration corallienne?

 

Une façon de comprendre le lien entre les écosystèmes et leur utilisation par l’Homme est à travers le cadre des services écosystémiques, qui sont compris comme les contributions directes ou indirectes des écosystèmes au bien-être humain (TEEB, 2010; Quétier, 2007). La perception des bénéfices dérivés des écosystèmes varie en fonction des différents acteurs, et son évaluation peut fournir des informations précieuses pour les stratégies de gestion. En fait, elle révèle différentes priorités pour le bien-être des différents acteurs ; quels aspects pourraient être améliorés, et donc anticiper/comprendre leur soutien ou rejet vers le projet, d’où sa légitimité locale (Elwell et al, 2018 ; Sterling, 2017).

 

Perception des acteurs sur les projets de restauration corallienne

 

La chercheuse Margaux Y. Hein et ses directeurs de thèse du Centre d’excellence ARC en Australie, ont publié en 2019 un article scientifique visant à décrire la perception de plusieurs parties prenantes sur les avantages et les limites socio-écologiques de différents projets de restauration des récifs coralliens. Pour ce faire, 4 projets différents à travers le monde ont été considérés : New Heaven Reef Conservation Program (Koh Tao, Thaïlande), Reefscapers (Landaa Giraavaru, Maldives), Coral Restoration Foundation (Florida Keys, USA), et The Nature Conservancy Programme de Caraïbes (St Croix, US Virgin Island). 

D’après les réponses des participants, les avantages et les limites ont été divisés en catégories / thèmes émergents pour faciliter l’analyse. En ce qui concerne les avantages perçus, les avantages socioculturels et écologiques ont été les plus mentionnés dans les réponses des participants de tous les contextes (Figure 1). Le premier est mentionnée dans 72,4% des réponses, et il comprend des aspects tels que l’éducation et la sensibilisation des touristes et des locaux à la problématique des récifs coralliens. Il inclut également la participation de la communauté locale comme un avantage pour le projet à travers une implication pratique aux efforts de restauration. En outre, l’évaluation positive de l’existence du projet en soi reflète le fait que les gens apprécient les récifs coralliens pour leur bien-être et reconnaissent leur vulnérabilité.

Figure 1. Synthèse des réponses des participants concernant les bénéfices de la restauration des coraux dans les différentes catégories (A) selon la localisation du projet; (B) à l’acteur impliqué et (C) parmi les personnes directement et indirectement impliquées dans le projet. Source: Hein et al, 2019.

 

En revanche, quant aux avantages écologiques, ils ont été inclus dans 68,9% des réponses avec une référence exceptionnelle à la «fonction de l’écosystème» (données non présentées ici, pour plus d’informations, lisez l’article), ce qui montre clairement que les participants pensent que les efforts de restauration ont un effet sur l’ensemble de l’écosystème, et pas seulement sur la couverture corallienne.

De l’autre côté, concernant les limites perçues, les thèmes les plus mentionnés sont les limites techniques et de gestion (figure 2). Les restrictions  techniques ont été mentionnées dans 58,3% des réponses et incluent la contrainte de ressources en termes de personnes impliquées et de «manque de financement». Mais cette réponse fait également référence au savoir-faire scientifique de la restauration (matériaux utilisés, localisation des greffes). En fait, un compromis apparaît entre l’implication des participants de courte durée, généralement des amateurs, et la qualité des transplantations réalisées.

 

Figure 2. Synthèse des réponses des participants concernant les limites de la restauration des coraux dans les différentes catégories (A) selon l’emplacement du projet; (B) à l’acteur impliqué et (C) parmi les personnes directement et indirectement impliquées dans le projet. Source: Hein et al, 2019.

 

Quant aux contraintes de gestion, mentionnées dans 42,7% des réponses, les participants se réfèrent principalement aux problèmes liés à une  communication efficace et le lien avec la communauté locale. Ceci suggère que certains porteurs de projet  ont un lien plus étroit avec les touristes qu’avec la communauté locale, offrant donc une possibilité aux chargés de projet de renforcer la relation avec les locaux (données non présentées ici, pour plus d’infos lisez l’article). En outre, les participants ont souligné le manque de suivi du processus, ce qui entrave la possibilité de mesurer le succès.

Les limites mentionnées ci-dessus ont été principalement identifiées par des groupes directement impliqués dans les projets de restauration, tandis que les problèmes écologiques étaient moins fréquents mais mentionnés par les deux groupes directement et indirectement impliqués dans les projets (figure 2c). Cela souligne la perception partagée de l’incertitude quant au succès de la restauration des coraux et la nécessité d’inclure des indicateurs mesurant la réalisation des objectifs.

De plus, les réponses des avantages et des limites varient entre les 4 sites (Figures 1a, 2a), soulignant le fait que la notion de réussite de la restauration des coraux est spécifique au contexte et dépendra du cadre social et institutionnel dans lequel le projet est développé.

 

Globalement, cette étude met en évidence les points forts et les points faibles des projets de restauration des coraux à travers le  point de vue des différentes parties prenantes. L’étude met en évidence le fait que les variations de perception dépendent de la manière dont les acteurs sont impliquées dans le projet. Les principaux avantages identifiés par les acteurs relèvent de la catégorie écologique, soulignant le fait qu’il s’agit de l’aspect le plus socialement reconnu de la restauration des coraux. Ceci démontre  la nécessité de communiquer davantage sur d’autres aspects, tels que les avantages sociaux.

 

Pour plus d’informations, consultez l’article: Hein M.Y., Birtles A., Willis B.L., Gardiner N., Beeden R., Marshall N.A. (2019) Coral restoration: Socio-ecological perspectives of benefits and limitations. Biol. Cons. 229: 14-25

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    Marc CIZERON

    Cet article est trés interessant, en ce sens qu’il met l’accent sur l’importance de l’implication de la population locale dans la restauration et conservation des récifs.
    En Polynésie Française où je vis et je pratique depuis 20 ans seul dans mon coin à Tahiti, de la restauration, du bouturage et de l’entretien d’une petite section de récif frangeant devant chez moi, la protection du milieu marin, de la faune, en particulier des coraux, est bien trop souvent vécue par la population locale comme une affaire de « popaa » (étrangers, expatriés…), de touristes, mais pas comme un sujet concernant ceux qui vivent sur place et exploitent l’écosystème pour leurs besoins alimentaires et économiques depuis toujours.
    La protection de l’environnement, surtout martin et récifal est donc souvent ici vécue par la population comme quelque chose qui ne la concerne pas; il s’en suit un antagonisme, un conflit larvé malsain entre d’un côté ceux qui militent et agissent pour la protection/ restauration/conservation, perçus comme étrangers ou véhiculant des concepts étrangers et la population locale, entre autres pêcheurs, dont la resistance à cet « envahissement » de leur espace peut être active et destructrice des efforts fournis par les premiers.
    Les autorités locales n’ont aucune réelle volonté politique de faire de la protection du corail et des récifs une grande cause nationale, de peur sans doute de se mettre a dos la partie populaire des électeurs …
    Donc tous les efforts des associations, groupes, individus engagés ici dans la protection du récif, efforts essentiellement portés sur les îles les plus touristiques (Moorea, Bora Bora) ne sont ni soutenus, ni reconnus, ni encouragés par la population locale qui parfois au contraire montre des signes d’hostilité face à ce qu’elle vit comme une intrusion dans son domaine par des donneurs de leçons venus d’ailleurs! (idem pour la protection des tortues et autres espèces protégées).
    Il serait donc plus que temps en Polynésie que les efforts de restauration des coraux soient reconnus et soutenus par les autorités, que ces efforts cessent de ne concerner que les zones et iles touristiques et qu’une réelle pédagogie entraine l’adhésion des populations locales à ces initiatives afin qu’elles en perçoivent des bénéfices pour elles mêmes…